Conseil Général des Vosges
Séance du 2 juin 2008, vote du Compte Administratif 2007
Intervention d'Etienne POURCHER
Président du Groupe des élus Républicains Et Socialistes
Monsieur le Président, mes chers collègues,
L'examen du Compte Administratif 2007 du Conseil Général des Vosges montre quelle a été la gestion du budget par l'exécutif départemental. Il montre surtout 8 faiblesses.
D'abord, le volume global du budget augmente, mais surtout en fonctionnement : la part du fonctionnement dans le budget s'élève à 67,83% en hausse de 7,64% ! et les dépenses réelles de fonctionnement par habitant passent de 604,75 euros à 655,83 euros soit 8,44% de hausse.
Ce budget qui augmente est en déficit puisque l'excédent baisse (13,5 millions d'euros contre 17,6 millions d'euros en 2006) et se trouve inférieur aux nouveaux emprunts souscrits eux même en hausse (40 millions d'euros contre 35 en 2006). Cet effet de ciseaux, conduit, au total, à un budget déficitaire de 26,5 millions d'euros.
En conséquence, bien entendu, notre dette augmente : les 21 millions d'euros d'emprunts supplémentaires conduisent à accroître l'encours de la dette qui s'élève désormais à 194,6 millions d'euros (173,6 en 2006, soit une hausse de 12,1%). L'encours de la dette par habitant est désormais de 510,28% en hausse de 10,2%.
Les impôts augmentent également, même si la pause, relative, que nous avions d'ailleurs votée, en 2007, année électorale, a vu tout de même les impôts augmentés de 2,47% en volume (et même 3,9% si on prend le produit par habitant) ; cette hausse fait suite à une hausse de 8,9% en 2006 et précède celle, très forte, que la majorité départementale a voté pour 2008. Avec 136,5 millions d'euros, la hausse est de 3,2 millions d'euros pour les contribuables vosgiens.
Autre recette, les droits d'enregistrement augmentent certes, mais, à hauteur de 25,5 millions d'euros ils sont supérieurs à notre excédent, ce qui en fait notre talon d'Achille, à l'heure où le marché immobilier donne des signes de faiblesse dans un contexte mondial que chacun connait (crise des sub primes...).
Enfin, côté recettes, celles issues des lois de transferts de charges stagnent (TIPP au même niveau qu'en 2006) ou augmentent, ainsi pour la taxe sur les conventions d'assurances (en hausse de 5 millions d'euros à 12,7 millions d'euros) ; cependant, ces augmentations ne compensent pas les hausses des dépenses issues de ces lois : + 800 000 euros pour le RMI, + 2,9 millions d'euros pour l'APA, + 3,5 millions d'euros pour les dispositifs en faveur des personnes handicapées... sans compter le SDIS dont le coût a augmenté de 1,2 millions d'euros pour le conseil général. Si ces transferts, qui expliquent en grande partie nos difficultés actuelles, ne sont pas du fait de la majorité départementale et sont donc communs à de nombreux départements, d'une part, nous avons dans cette enceinte des parlementaires, et non des moindres, sénateurs, député, suppléants... qui votent, sur le plan national ces lois ! D'autre part, tous les départements ne font pas les mêmes choix, face à ces difficultés et n'obtiennent donc pas les mêmes résultats.
Pour ce qui est des dépenses, je note que les taux de réalisation du budget sont forts pour ce qui est du fonctionnement (90% dans les ressources humaines, 97% dans l'aide sociale...) et beaucoup plus faibles pour ce qui est des investissements ( 68% de réalisation du programme gouvernemental d'appui économique aux Vosges ; 64% pour la réalisation des routes ; 48% pour les entreprises, 38% pour le tourisme, 36% pour les Zones d'Activités, 35% dans les grands équipements de communication, jusqu'à 31% seulement de réalisation pour les grandes structures d'aménagement du territoire !) Même les aides aux communes n'atteignent que 74%, c'est-à-dire que des crédits ne sont pas consommés, alors que des dossiers ne sont pas accordés à certaines communes fautes de crédits ouverts suffisants...
Sur ce point précis, les aides aux communes, je note qu'elles posent problème : 1) des lignes budgétaires sont épuisées en cours d'année et des communes voient leurs dossiers entrer dans des files d'attente les reportant sur les années suivantes ; 2) des communes s'estiment lésées par le retard pris dans l'inscription de leur dossier à l'ordre du jour de la commission permanente, pour attribution de subvention – retard qu'elles estiment non objectif -. A ce sujet, je vous fais une proposition : réservons une partie de l'enveloppe des aides aux communes à une enveloppe négociée avec chaque commune, sur la durée du mandat municipal, dont le montant tiendrait compte, par solidarité départementale, de critères objectifs (longueur de voirie, potentiel financier...). Ainsi, chaque maire connaitrait à l'avance le montant des crédits qu'il peut tirer de l'aide départementale et les solliciterait en fonction de l'avancement de ses travaux ; pour le Conseil général également, l'intérêt serait de connaitre à l'avance les enveloppes budgétaires, de consommer réellement les crédits...
Au total, 8 points faibles semblent émailler ce Compte Administratif 2007 :
- un budget qui augmente surtout en fonctionnement
- un budget en déficit de 26,5 millions d'euros
- une dette qui augmente de 21 millions d'euros
- des impôts qui augmentent de 3,2 millions d'euros
- des droits d'enregistrements qui pourraient se révéler notre talon d'Achille
- des recettes issues des transferts de charges de l'Etat qui ne suivent pas les dépenses
- des taux de réalisation du budget qui sont très faibles pour les investissements votés
- des aides aux communes dont la répartition pourrait être améliorée, vers plus de solidarité et d'objectivité
En conclusion, le groupe que j'ai le plaisir de présider s'abstiendra sur la Compte Administratif 2007 du Conseil général des Vosges.
Etienne POURCHER